abordages

Une fin pour un début

Fin d’une époque La loi travail du président Hollande met fin, en France, à un cycle entamé en 1936 avec les grandes conquêtes ouvrières et leur représentation institutionnelle, le Front populaire. Je parle d’un cycle politique. Peut-être le capitalisme lui-même est-il aussi confronté à une agonie intrinsèque et structurelle, comme celle évoquée par le courant de la critique de la valeur. Mais l’une de ses caractéristiques essentielles étant sa capacité à se régénérer, à se réinventer en coupant ses propres membres défaillants, les prophéties du grand effondrement final sont toujours à considérer avec prudence. Mais regardons du point de vue politique : un gouvernement « de gauche », directement héritier du (...)

 
 

Mouvement des debout

uit debout… ce nom réveille en moi le souvenir des dernières conversations politiques avec mon père : visionnaire, il me demandait : “pourquoi vous ne créez pas un “mouvement ou un syndicat des hommes debout” ? Le texte suivant a été publié en février 2012 dans le “Combat syndicaliste”. *** “Mon père est mort à Paris le 5 janvier 2012, à 80 ans. Né au Chili en 1931, établi dès l’adolescence à Buenos Aires, il était ébéniste de métier. Après avoir déserté du service militaire chilien en traversant la cordillère des Andes, dans les années 50, il s’était embarqué en tant que maître-charpentier sur des cargos. Il voulait parcourir le monde, et il accomplissait aussi une stratégie syndicale et politique, l’implantation (...)

 
 

Avant mai

Trois hommes marchent dans l’obscurité.‭ ‬L’un d’entre eux porte un objet sous son manteau.‭ ‬Il le tient avec ses deux bras,‭ ‬comme un nourrisson qui serait devenu trop lourd trop vite.‭ ‬Les deux autres ne cessent de regarder à droite,‭ ‬à gauche,‭ ‬inquiets de voir surgir quelqu’un.‭ ‬Mais au milieu de la nuit,‭ ‬le port est désert. Ils arrivent au dock.‭ ‬Face à eux,‭ ‬l’eau noire et lente irrigue La Boca et le port de Buenos Aires.‭ ‬L’homme avec l’objet entre les bras s’accroupit et attend‭ ; ‬ses deux camarades descendent une échelle métallique dont les barreaux sont scellés à la paroi verticale.‭ ‬Parvenus au niveau de l’eau,‭ ‬ils détachent une barque puis font signe au troisième.‭ ‬Les lumières de la ville (...)

 
 

Réflexions sur le rude 13 novembre 2015

e vendredi 13 novembre 2015, de lâches assassins ont attaqué au fusil d’assaut la ville qui m’a vu naître, dans laquelle j’habite, le comptoir sur lequel je me suis accoudé des dizaines de fois, mes voisins, mon Paris. Attaquer n’est qu’un mot et Paris n’est qu’un nom. La réalité est que des hommes armés ont tiré sur des centaines de personnes désarmées, par surprise, puis se sont fait exploser ; des balles et des boulons brûlants ont déchiré des chairs, brisé des os, arrêté des cœurs et refroidi des cerveaux. Cent trente personnes en sont mortes. J’essaie de garder mon sang-froid, je relègue l’insulte aux notes de bas de page [1]. De l’émotion Les morts sont morts. À leurs proches, à leurs familles, à leurs (...)

 
 

Ce que la vie signifie pour moi

Jack London Les éditions du sonneur 2015 agnifique texte de Jack London, fait de sa verve, de son style direct et coupant comme la réalité. Il y raconte comment, né dans la classe ouvrière de la côte ouest américaine il commence par rêver, puis essaie de rejoindre le haut du panier. Là où les femmes sont richement habillées, où l’on mange à sa faim des choses bonnes et où l’intellect est sensé briller. Après avoir jeté comme on lance un dé quelques éléments de sa biographie - dont sa découverte du socialisme et de la révolution -, il parvient à côtoyer des gens de la haute. Il n’y rencontre que matérialisme, hypocrisie et découvre que, « dès qu’il s’agissait d’affaires leur moralité était nulle ». Il y (...)

 
 

La baleine dans tous ses états

François Garde Gallimard, 2015, 209 p. Ce livre est composé d’une série d’histoires, récits, souvenirs, d’informations très précises, parfois très personnelles, de poèmes (« Harpons », p. 140) et de situations qui tentent de dresser un temple verbal aux baleines, ces géantes qui, comme les montagnes, « ne sont pas à la mesure de l’homme » (p. 147). Imposant défi. Il y a des histoires hilarantes, comme « Échouage » (p. 45), qui commence par un gamin qui interpelle le narrateur : « M’sieur, M’sieur ! Y’a un troupeau de baleines échouées sur la plage ! », mais dont la suite doit se lire et surtout pas se raconter. Emmené par la magie des cartes, de la mer et bien sûr des cétacés, Garde nous arrime aux baleines (...)

 
 

La rose et le laurier

J’ai vu naître l’avenir. Laurier qui portait une rose, Entre ses branches courbes et ses pétales bleues. Les vents doivent souffler, Les guerrières faire face au soleil, Et les roses naître. Je ne dois rien, mais je le fais : je vous aime ! Le laurier sublime la gloire et couronne les caresses. Or les roses sont des roses, C’est une pierre qui le dit. La douleur, telle une serre ahurie, retint la beauté. Longtemps. Si dure naissance ; parfois je pense : nous sommes nés à trois. Elles furent braves, face au soleil, toutes les deux. La rose a fait une mère et moi, l’ami des pierres, Je veille le laurier qui se relève, Je veille la rose qui s’élève, Je suis l’oripeau de leur renommée. Que de mots (...)

 
 

Arcueil

Les éclairs font le ciel, fracassent les nuages, Rafales de lumière qui tutoient la ville. Nous étions deux amis. L’orage inventait la pluie, claquait en terre, Sur nos visages nous pouvions toucher le temps. Deux partisans sans mort, Que l’ombre n’éblouit pas. Nous étions deux amis, Une nuit de tempête, Entre la foudre et l’union. Nous étions éternels.

 
 

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