abordages

L’oiseau-hasard

Il est beau, l’aléa, avec son vaste plumage de peut-être dont les reflets nous évitent l’éternelle advenue du prévisible. S’il est agnostique, trimbalant dans sa gibecière à possibles le pire et le meilleur, il est pourtant bien ce qui ouvre. On pourrait tout aussi bien l’appeler : l’éclectique. Sans lui notre avenir serait aussi mort, froid et figé que le passé. Et pourtant, le hasard est pris en grippe par notre ego rationnel. C’est que nous sommes modernes. Voire post. En apprenant à faire science, bucherons que nous sommes, nous avons cru que le hasard n’était que sciure. Un virus qu’il est toujours possible de contenir, à force de prophylaxie positiviste. Mais il est là, néant au cœur de tout, qui (...)

 
 

Notes d’un référendum à une capitulation

Le 27 juin 2015 le gouvernement grec annonce la tenue d’un référendum portant sur les mesures d’austérité exigées par ses créanciers pour accorder un nouveau crédit. 29 juin 2015 Qui se dit démocrate et critique la tenue d’un référendum n’est qu’un laquais de la tyrannie. Si j’étais grec cette fois je voterais, enthousiaste : non. 30 juin 2015 Il n’est pas nécessaire d’étudier le fonctionnement d’un revolver pendant des semaines pour être convaincu de sa dangerosité. Ni pour en convaincre autrui. Calibre, position de tir, démontage et entretien, cran de sûreté, fonction des rainures dans le canon... Un revolver est dangereux, se noyer dans l’étude de ses détails c’est perdre un temps précieux que l’on (...)

 
 

Pour une haute mer ouverte

Le monde est devenu nôtre par la proue des navires. La mer qu’elles fendent ouvre au voyage, sans routes ni frontières. C’est en naviguant que les hommes et les femmes ont toujours peuplé les terres par-delà l’horizon. Et la mer a toujours la délicatesse de ne rien nous rappeler, de refermer tous les sillages que nous y faisons. Elle nous laisse imaginer que nous sommes de quelque part. Il parait même que nous en sommes sortis, il y a des millions d’années. Au travail, à la pêche, à la guerre, en exploration, en s’amusant, en voyage ou en émigrant l’humanité a toujours payé un lourd tribu pour oser y naviguer. Il n’est pas anodin que nos larmes soient salées comme la mer. Ce tribu se mesure en nombre (...)

 
 

Tristesse de la terre

Tristesse de la terre - Une histoire de Buffalo Bill Cody Eric Vuillard - Actes Sud - 2014 - 158 p. Au rythme de la vie de Buffalo Bill, une excavation aux sources du spectacle moderne. Buffalo Bill Cody, qui se fit connaître comme tueur d’indiens et de bisons créa ensuite le Wild West Show, spectacle qui fit le tour du monde, "la plus grande mystification de tous les temps". Vuillard, armé de son verbe poétique et spacieux parcourt cet homme avec un respect que ce dernier n’a pas eu pour les plaines d’Amérique. Ni pour les Amérindiens, qui sont devenus, vaincus et humiliés, la clé de voûte du spectacle qui a participé à installer dans l’imaginaire mondial le mythe de l’Ouest sauvage. Mais (...)

 
 

Texte pour adulte

J’aime la pluie. J’aime le son des gouttes, leur sensualité lorsqu’elles coulent sur mon front ; j’aime l’idée que je me sécherai peut-être, plus tard. Les odeurs cachées que promet la pluie me font envie, et j’adore la surprise des gouttes plus grosses que les autres qui trouvent le chemin de ma nuque. J’aime les chapeaux bizarres qu’elle met aux femmes, j’aime regarder les maladresses qui tordent les parapluies. Les gens qui râlent dès que vient l’averse m’attendrissent, puis j’aime les abandonner à leur crachin. J’aime l’idée de l’eau qui tombe, sans trébucher. À douce gravité. Et je me demande toujours s’il vaut mieux courir ou marcher pour être plus ou moins mouillé. Existe-t-il un lieu où il pleut par le (...)

 
 

Howard Zinn - Une histoire populaire américaine

« Howard Zinn - Une histoire populaire américaine » un film de Olivier Azam et Daniel Mermet Première partie. Ce film est l’histoire du peuple. Celle des gens qui triment, qui luttent, solidaires, immigrés, travailleurs, qui n’ont que leur boulot pour vivre et leurs combats pour imaginer un autre monde. Une histoire qui n’est presque jamais enseignée à l’école, l’histoire sociale. Elle est racontée aux États-Unis, sur le fil de la vie et des mots d’Howard Zinn, l’auteur d’Une histoire populaire des États-Unis. Non, les États-Unis ne sont pas que le temple du consumérisme. La lutte des classes, les luttes des femmes, le syndicalisme radical y a été bien plus puissant qu’en Europe. Jusqu’à la première (...)

 
 

(sin título)

Barcelona, el teatro de la colina. El aire de verano y los actores recitando fuera, en la lomada. Pido prestado ese techo de hojas y un sicomoro. Aquellos tantos símbolos de nuestra trama. Eramos. Desde donde se mueven la mano y el ojo. La rigidez no nos atrapa. El pasaje en que con gusto nos perdimos y por el que aún transitamos.

 
 

Le temps des confusions

Dans le numéro de février 2015 du magazine Causette il y a un article, « Je te survivrai », qui relate une immersion chez des « survivalistes ». Il se termine par un encart « Pour aller plus loin ». Le premier ouvrage cité est « Survivre à l’effondrement économique », de Piero San Giorgio. Ce type est une crapule d’extrême droite, lié au nauséabond marécage de Soral & Co. Causette déclare dans son édito vouloir lutter « contre les injustices et les extrémismes ». Mais outre le fait que le journaliste ne prend presque pas de recul vis-à-vis de ces délires millénaristes, personne à la rédaction n’a réagi en voyant la photo de deux flingues pour illustrer l’article ? Personne ne connaissait ce taré d’extrême (...)

 
 

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