abordages

Amigas

Por el camino fresco del juego, de la risa, de la lágrima, del abrazo, del amor sincero, ellas van. Ellas van, entre códigos que se inventaron (exclusivos, secretos), que se tatuaron en los ojos y se pintaron por el pelo, van, ellas van. A veces suben por las escaleras enclenques y desconsideradas de improbables toboganes transparentes, precipitosos Y se tiran de la mano ; llevan mochilas grandes, pesadas, de formas curiosas y colores cambiantes. Raras mochilas que laten. Caen de sopetón sobre la arena, ellas y sus inmensas mochilas que a veces las aplastan. Cuerpos y equipajes se amontonan, se enredan, se enmarañan. Brazos y piernas se entrelazan Todo se hace un bollo. Y así (...)

 
 

Une chance que les taureaux n’aient pas de plumes

Paris, ma si réelle, admirable et détestable capitale regorge de signes. Il suffit d’y laisser traîner son regard, chaque mur, chaque angle, des toits jusqu’aux souterrains, partout des signes nous parlent en silence. Les rues portent des noms, des publicités criardes clament leurs absurdités, les murs sont barrés d’ubuesques « Interdiction d’afficher, loi du 29 juillet 1881 »... Si j’écoute au lieu de regarder, les moteurs, sonneries, klaxons, sirènes et conversations parsèment les ruelles et boulevards, appartements et halls de gare. D’un quartier à l’autre, changeant d’arrondissement, passant du populaire vingtième à l’ouest, septième ou seizième, les immeubles, les rues, les hommes et les femmes, (...)

 
 

Le chant debout

(version 3 - en devenir depuis le premier mai 2014) Le mouvement sauve, Nous ne sommes pas des pierres. Tant que je bougerai, nous serons vivants. Qu’aurai-je à perdre ? Le maigre espoir de vivre honnêtement, À bout de souffle, À force de travail dont je n’aurais jamais que les pépins amers ? Mais dont les fruits nous seraient toujours volés. Le maigre espoir de finir ma vie sans voir le vaste monde. Je n’étais ni jeune ni vieux. Je devais me sauver, l’aventure ferait le reste, Le monde et ses amers. Je n’avais qu’une poignée de pépins, Et ce que m’avait laissé mon vieux, la confiance. Mon dernier jour de pierre, poussant des choses molles dans mon sac, Ultime révision de ma moto, Ce (...)

 
 

Le coût de l’incommensurable

Je m’appelle Myllias, fils de Léocyde, et je suis mathématicien. Ou plutôt, je l’étais. Je me trouve aujourd’hui vieux et retiré du monde des hommes et de l’étude des lois de la nature, dans les austères monts de Samothrace. J’aurais pu rester muet, et attendre discrètement la mort. J’aurais pu rester fidèle aux vœux que j’avais jadis prononcés, et me taire. Mais ma conscience est comme le meilleur des prés que je possède, encombré en son milieu d’un rocher inamovible. Puissent les mots par lesquels je m’apprête à conter mon histoire, m’aider à dissoudre ce rocher. Puissé-­je me libérer de son poids. J’étais mathématicien, membre de la confrérie (...)

 
 

En la planchada de ese barco

Combattant de l’utopie, tu avais le meilleur de la vie, Tu donnais la vie. Il viendra, notre espoir de liberté, justice et fraternité, Sur les mers et dans les villes Ahí estás, papa, entre le temps des cerises et les communards, Au pied d’un grand marronnier d’Inde. J’ai été un fils, fier de t’avoir connu. J’essaie d’être un homme de sang, debout. Tes rires, tes engagements sans merci, ta sagesse, Tout de toi m’accompagne chaque jour, Chaque instant, Dans les villes et sur les mers. Somos eternos, papa, Así es y así será. Les combattants de l’utopie, Les amoureux de la vie ne t’ont pas perdu. Le grand arbre (...)

 
 

Cicatrices

J’aimerais que tu regardes ma cicatrice, Celle de notre seule faiblesse, celle d’Achille. Puis, femme, j’aimerais que tu la caresses. J’aimerais que tes doigts la parcourent, Qu’ils s’arrêtent point à point, Glissants comme les aiguilles d’un temps implacable. Ces lèvres à jamais jointes, closes sur l’intérieur, Irreversible soudure de ma seule frontière, J’aimerais que tes lèvres viennent y boire. Y boire le suc à l’indicible goût de mon corps invincible, Fragile et séculier, atteint par le temps qui passe ; J’aimerais que tu viennes y boire au fleuve des mondes. J’aimerais que ta langue s’y livre au décompte des années, Sentir tes liquides me saisir d’une main exhaustive, Recevoir, sur (...)

 
 

De l’existence des classes sociales

Regardons ce que l’on voit. Il y a des riches et il y a des pauvres, beaucoup plus nombreux. Il y a des très riches et il y a des très pauvres, de plus en plus nombreux. Regardons ce que l’on voit moins facilement. Ceux qui ont le pouvoir, économique et politique, sont les riches et leurs amis. Et cela dure, parce que les riches se reproduisent, culturellement, par leurs études, leur éducation, leur volonté de rester entre eux, et économiquement par l’héritage. Regardons maintenant ce que la société ne voit presque plus. L’immense majorité des riches tirent leur fortune de l’exploitation du travail d’autres hommes et femmes, qui sont presque toujours des pauvres. C’est-à-dire ces gens qui ont des (...)

 
 

Vilnius

Dans les forêts de Lituanie, La vue s’y perdrait, si elle marchait. Quels sont ces arbres, Qui embrassent Vilnius ? Sans se lasser. Quels sont ces bras qui n’osent les toucher ? Les miens, c’est sûr. C’est qu’il y en a trop, De ces arbres dont le nom se dérobe. Si j’en touche un, Que je l’embrasse à mon tour, Les milliers d’autres m’en voudraient, C’est sûr. Ils sont comme ça, Les arbres de Lituanie.

 
 

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