abordages

Nourrir la bête

u pays de Galles, deux amis partagent un unique costume. Ce n’est pas leur truc, les costumes. N’en avoir qu’un les arrange : ils ne peuvent pas aller ensemble aux mêmes mariages et enterrements (p. 14). L’un d’entre eux est Mo Anthoine, alpiniste. L’anecdote pose bien le grimpeur, qui n’aime pas la lumière des exploits, pour qui l’alpinisme n’est pas un sport, parce qu’il n’y a pas de compétition. C’est une activité totale, où il s’agit de penser avec son corps. L’escalade est pour Mo « un passe-temps anarchique et amusant » (p. 28). Mo et ses amis ne sont pourtant pas des caricatures d’esthètes new age ou de sportifs taillés pour la com’. Ils picolent, fument en escalade. Il fait ses propres travaux de (...)

 
 

Michael Kohlhaas

la frontière de la Saxe, au XVIe siècle, un marchand de chevaux du nom de Michael Kohlhaas est victime d’une injustice commise par un baron local. Une histoire de chevaux spoliés parce que le marchand ne voulait pas payer un droit de douane abusif. Le baron fait acte d’autorité. Mais l’homme Kohlhaas a une haute idée de la justice et de son droit. Commencent alors les « aventures [d’un] homme étrange et nullement abject » (p. 121), comme le présente Heinrich von Kleist, l’auteur de ce roman moral, grand classique de la littérature allemande. Sur le moment, Kohlhaas est tenté de répliquer, de remettre à sa place le concierge du château qui s’apprête à commettre l’injustice dont il sera victime : « il se (...)

 
 

Les vrais durs ne dansent pas

u lendemain d’une cuite dont il ne souvient pas, Tim Madden, écrivain dont on ne sait pas grand-chose de la production, trouve la tête de son épouse - Patty Lareine - enterrée dans sa cachette à marijuana. Et un tatouage sur son bras. Elle l’avait quittée quelques semaines auparavant. Dès lors et jusqu’au dénouement, le narrateur se demandera s’il est l’assassin et passera le reste du bouquin en quête de la vérité. Chemin faisant il nous racontera un peu de sa vie, de ses amantes, des personnages sordides qu’il croise, de Cap Cod et de l’ennui de Provincetown, une vie marquée et alcoolique, vie de roman noir. Un style direct, où l’on voit le soin de l’auteur à éliminer l’adjectif superflu. Drôle, souvent, (...)

 
 

Patria

Esta novela cuenta la historia de dos familias vascas destrozadas por el asesinato de un empresario cometido por ETA. El estilo, vivo, se acerca constantemente a la primera persona. Fernando Aramburu utiliza muchas imágenes impactantes, como, hablando de un preso : estaba más tranquilo que un árbol caído (citación aproximativa : este libro no lo “leí”, lo escuche ; razón por la cual no tengo apuntes precisos). ETA no es la única causa de los dramas que padecen los personajes, lo que genera una sensación de destino trágico. Como si algo aplastara irremediablemente a esa gente. La novela es un drama familiar en un contexto histórico, cuyos protagonistas mas fuertes y memorables son bravas mujeres (...)

 
 

Gir

Couché sur les pavés L’air caresse, le pauvre, il n’y peut rien Je fais corps avec la pierre, je crois Ils sont chauds Passent des pigeons qui m’ignorent Comme si j’étais une miette inbouffable Couché sur les pavés Tout le monde est cramé Les humains m’ont oublié Je gis Les pigeons repassent Mes viscères en pagaille À chaud Questions en faisceaux Sans plis Mon cœur est-il un viscère ?

 
 

La bataille

« - Demain, on va s’entre-tuer au canon dans cette plaine verte. Il y aura beaucoup de rouge, et ce ne seront pas des fleurs. Quand la guerre sera finie... - Y en aura une autre, mon colonel. La guerre elle sera jamais finie, avec l’Empereur. - Tu as raison » (Dialogue entre le colonel Lejeune et le voltigeur Vincent Paradis, p. 61) La bataille, c’était un vieux projet de Balzac. Un livre consacré à la bataille d’Essling que les troupes de Napoléon livrèrent aux Autrichiens en 1809. Mais il ne l’écrivit jamais. Patrick Rambaud, en un geste à la fois filial et présomptueux, l’a écrit, ce roman historique. Une chance pour les lecteurs et la littérature. J’avais lu ce livre à sa sortie en 1997, le (...)

 
 

Cormorans

nglué de noir, l’un de mes premiers souvenirs Que les entrailles de l’Amoco Cadiz avaient crevé Une silhouette de navire sombre Cormoran breton Bel oiseau ventru qui semblait rire De mon passage et de nous Cormoran patagon Ces noirs qui plongent et disparaissent Dont j’ignore les cris On les voit sur les roches ou les arbres Sécher leurs plumes, ailes déployées Cormoran parisien Ils sont ma patrie Mon enfance Ma longue vie Mes joies Mes lieux et mes larmes

 
 

Ménage

’abord, il y a l’horreur du terme. Femme de ménage. C’est une femme qui, littéralement, appartient à son activité. Une essentialisation de la servitude. C’était avec quelques collègues, j’avais tiré la discussion de sous le tapis des platitudes que semblent générer les machines à café d’entreprise. La plupart n’y voyaient pas malice ; seul l’un d’entre eux, bien qu’ayant les moyens, déclara n’en avoir jamais employé – mais sans trop savoir pourquoi. Alors, bien sûr, pour détendre l’atmosphère, il peut y avoir des cas où je comprends : dépendance, maladie, handicap, grand âge, surmenage suite à un changement de vie… Mais je ne comprends pas qui emploie « quelqu’un » tout en trouvant le temps de faire du sport, de (...)

 
 

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